J’ai envie de refaire des albums qu’on a envie d’ouvrir…
Je pense souvent aux albums que j’achetais quand j’étais plus jeune. Pas seulement à la musique qu’ils contenaient, mais à l’objet lui-même. Il y avait quelque chose de particulier dans le fait d’ouvrir un album pour la première fois. On retirait le plastique lentement, on ouvrait le boîtier, on sortait le livret, puis on passait plusieurs minutes à regarder les photos, lire les paroles ou essayer de comprendre certains détails cachés dans le design. Même avant d’écouter la première chanson, l’album avait déjà commencé à raconter quelque chose.
Aujourd’hui, la musique est partout et accessible instantanément. En quelques secondes, on peut découvrir un nouvel artiste, écouter un album complet ou passer d’une chanson à l’autre sans jamais s’arrêter. J’adore cette facilité-là, honnêtement. Mais je trouve qu’en même temps, on a tranquillement perdu une partie de l’expérience physique qui rendait les albums mémorables. Les pochettes sont devenues de petites images compressées sur un écran, et le rapport qu’on avait avec l’objet a presque disparu.
De mon côté, j’ai presque toujours eu les mains dans la réalisation des albums et des EP des bands dans lesquels j’ai joué ou collaboré. Au départ, c’était simplement naturel. Comme j’avais un DEC en graphisme et que je comprenais déjà les bases de l’impression, du montage, des fichiers de production et de la direction artistique, je finissais souvent par hériter du poste automatiquement. Mais honnêtement, ça m’a toujours intéressé profondément. Je ne voyais pas ça comme une tâche à faire “par défaut”. Pour moi, le visuel faisait partie de la musique autant que les chansons elles-mêmes.

Au fil des années, j’ai eu la chance de travailler sur plusieurs projets de pochettes d’albums et d’EP pour différents artistes comme Delta20, Korum, Delta20 EP 2009, Daby Bédar avec On a tous une histoire à raconter, ainsi qu’Atoms to Ashes. Chaque projet avait sa propre direction artistique, son univers et son énergie, mais il y avait toujours une réflexion qui revenait constamment dans mon processus : comment créer quelque chose que les gens vont avoir envie de tenir entre leurs mains? Pas seulement un contenant pour un disque, mais un objet qui fait partie intégrante de l’expérience musicale.
Les albums d’avant…
Dernièrement, je repensais à certains albums des années 90 et 2000 qui remplaçaient parfois le livret traditionnel par un grand poster plié à l’intérieur du boîtier CD. Quand tu ouvrais ça pour la première fois, il y avait un véritable effet de surprise. L’artwork prenait soudainement toute la place. Les paroles faisaient partie du visuel. Les textures, les photos et les détails graphiques avaient de l’espace pour respirer. Ça donnait l’impression que le design avait autant d’importance que la musique elle-même.

Je trouve qu’on voit beaucoup moins cette approche aujourd’hui. Évidemment, les coûts de fabrication ont changé et les habitudes de consommation aussi. Plusieurs albums physiques modernes sont devenus plus minimalistes, souvent pour simplifier la production : moins de pages, moins d’impression, moins de finition spéciale. Je comprends totalement pourquoi cette réalité existe. Mais en même temps, le physique est devenu plus rare qu’avant, et c’est exactement pour cette raison qu’il pourrait être encore plus intéressant à concevoir.
Quand quelqu’un achète un album physique aujourd’hui, ce n’est généralement plus juste pour écouter la musique. Le streaming fait déjà ça parfaitement. Si une personne décide quand même d’acheter un CD ou un vinyle, c’est souvent parce qu’elle veut posséder un objet, garder un souvenir ou vivre une expérience plus tangible. Et je pense que c’est là que le design peut redevenir vraiment important.
C’est probablement pour cette raison que j’ai envie de refaire des albums qu’on a envie d’ouvrir. Des albums où le packaging fait partie de l’expérience complète. Des objets qu’on prend le temps de regarder, manipuler et découvrir progressivement. J’aime l’idée d’un grand poster plié à l’intérieur d’un boîtier plutôt qu’un simple livret agrafé rempli de pages qu’on regarde une seule fois. J’aime l’idée d’utiliser davantage l’espace, de laisser respirer les visuels et de transformer l’album en quelque chose de plus immersif.
Je pense aussi beaucoup aux matériaux, au papier, aux textures et à la façon dont un objet vieillit avec le temps. Un album physique devrait selon moi donner envie d’être conservé sur une tablette pendant des années. Il devrait avoir une présence. Même fermé, il devrait déjà raconter quelque chose sur la musique qu’il contient.Le numérique a rendu la musique immédiate. Le physique, lui, devrait faire exactement le contraire. Il devrait ralentir un peu l’expérience. Donner envie de prendre son temps. Créer un moment.
Je ne sais pas encore exactement à quoi ressemblera mon prochain projet physique, mais je sais une chose : je veux recommencer à créer des albums qu’on a réellement envie d’ouvrir. Et surtout, des albums qu’on a envie de garder longtemps après la première écoute.